Peintre contemporain
« La réalité n’est jamais qu’une histoire de point de vue. »
Chez Laurent Marre, l’acte de peindre est une manière de faire glisser le réel vers l'abstraction. Chaque détail devient une porte d’entrée vers un autre univers : un fragment de façade, un poteau, une trace urbaine… Ce qui paraît anodin se révèle, une fois cadré et recomposé, porteur de sens, de contrastes et de formes nouvelles.
Dans ce processus, la réalité se déstructure pour renaître en signes abstraits. Les couleurs s’imposent, sculptant des espaces de chaleur et de profondeur, invitant le spectateur à explorer. Parfois, le signe typographique s’invite à son tour, comme l’écho d’un langage urbain et technique. L’équilibre naît de ce dialogue permanent, mouvant, entre chaos et structure, hasard et construction.
Installé à Montmorency, en région parisienne, Laurent Marre puise son inspiration dans ses milliers de clichés pris au fil des rues. Son parcours, nourri d’études en arts graphiques et plastiques, l’a naturellement conduit vers la peinture comme aboutissement de ses recherches.
Ses toiles demandent de laisser de côté les certitudes, d’accepter l’inattendu et la métamorphose.
L’art contemporain, tel qu’il le conçoit, est une expérience ouverte, toujours en mouvement, qui bouscule nos repères pour mieux éveiller la curiosité et l’émotion.
ENTRETIEN
Laurent Marre ou la fabrique des métamorphoses
À la fois spacieuse et texturée, la peinture de Laurent Marre répond à une syntaxe visuelle exigeante.
Un souci du détail que l’on retrouve dans ses paysages abstraits, où des lignes secrètes redéfinissent
le réel. Propos sur la matière, les jeux d’échelle et la perception…
Parlez-moi, pour commencer, de la toute première fois. Ce moment où vous avez décidé de peindre un fragment du réel après l’avoir excessivement agrandi…
Je crois que cela remonte à mes années d’école d’art. Je travaillais sur une affiche ou une annonce de presse, je ne saurais plus le dire précisément. J’avais choisi une fraise et je l’avais agrandie au maximum, jusqu’à la limite de sa lisibilité. L’enjeu n’était plus de représenter le fruit, mais de pénétrer sa matière, d’être au cœur de sa chair.
Ce basculement m’a marqué : en changeant d’échelle, l’image cessait d’être ce qu’elle était pour devenir autre chose.
Pourquoi cet « effet zoom » d’ailleurs ? Pourquoi ce taux d’agrandissement que vous appliquez à vos images depuis plus de vingt-cinq ans ?
C’est sans doute le moyen le plus naturel que j’ai trouvé pour passer du réel à l’abstraction. Très tôt, je me suis interrogé sur le sens de l’abstraction. Devait-elle forcément naître de formes inventées ?
En agrandissant des détails, des traces ou des fragments du quoti-dien, je pars d’une réalité parfaitement identifiable, mais celle-ci se transforme peu à peu en un territoire autonome.
Gilles Rosner
Sept secondes après l’éclair
SUR L’ŒUVRE DE LAURENT MARRE
(…) Au loin, le grondement du tonnerre produisait un écho mat qui très vite s’est mis à frapper ta cage thoracique. Le ciel finalement a craqué. Autour de toi, la pluie déjà commençait à refroidir l’air ; et quand la foudre est tombée, tu es resté les bras ballants, à observer en silence la grande nuit électrique.
Tu ne t’es pas dit qu’il s’agissait là d’un éclair de génie. Non, tu as juste pensé que des orbes incandescents zébraient le ciel. Qu’il n’était pas utile de toujours chercher un sens à chaque signe. Que rien ne valait mieux, au fond, que les nuits d’orage et leurs géométries secrètes.
Tu as fini par réaliser…
