Katharina Leutert

Esprit chamanique

Katharina Leutert sculptrice

© Gilles Rosner

C'est un monde d’écorces bleues et de branchages vrillés. C’est un sous-bois traversé d’infimes craquements dont les échos ont la magie des tambours de pluie. Les sculptures de Katharina Leutert ont quelque chose à voir avec les grandes énigmes sylvestres. Ailes polychromes, ramures courbes… Tout ça, bien sûr, réveille en nous des souvenirs anciens, la sensualité des matières ployées. Disons que ces « fragments boisés » précisent pour chacun d’entre nous le poids et la mesure du monde. Guetteurs mélancoliques, certains penseront aux premières cosmogonies forestières ; d’autres verront là un recyclage écologiquement correct, un brin « arte povera ».

Mais reste une question… Comment diable réussit-on à faire d’une simple bûche un totem ? Comment parvient-elle à transformer, dans un bruissement de plumes, le bois mort en poème ? Peu importe, en fait. L'histoire s'écrit ailleurs. Dans les efflorescences sauvages de la bruyère blanche, dans les traces du cervidé, au coeur d'une clairière métaphysique éclairée à la lampe-tempête.

Une invitation à découvrir un monde oublié, tout à la fois baroque et chamanique, où campent à la nuit tombée de drôles d'esprits frappeurs. Un univers étrange, donc, où les sculptures ressemblent à des bronzes du Luristan et où les peintures imitent les plumes des indiens achuar. Combien de chemins empruntés, combien de granges brûlées, pour se frayer un passage entre ces deux rives ? Arpenteur de l’éphémère, Katharina Leutert traverse ici tous les territoires de l'imaginaire. Chez les « chasseurs de rêves », on appelle ça braconner.

Gilles Rosner